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DeepSeek proche de 74 milliards de dollars : le laboratoire chinois lève pour bâtir son propre calcul
Intelligence artificielle
31 août 20264 min

DeepSeek proche de 74 milliards de dollars : le laboratoire chinois lève pour bâtir son propre calcul

Guy WASSEU

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Dix-huit mois après avoir secoué les marchés mondiaux avec des modèles ouverts aussi performants qu'économes, DeepSeek passe à l'échelle du capital. Le laboratoire chinois serait proche de boucler un tour de table d'environ 7,4 milliards de dollars — près de 50 milliards de yuans —, certaines sources évoquant un montant approchant les 8 milliards. L'opération valoriserait l'entreprise autour de 74 milliards de dollars avant apport, d'après les informations de Bloomberg, du Wall Street Journal et du South China Morning Post. Ni DeepSeek ni ses investisseurs présumés n'ont confirmé publiquement ces chiffres, et les discussions pourraient encore évoluer.

La trajectoire, elle, ne fait pas de doute. Au printemps 2026, les premières discussions sur une ouverture du capital évoquaient une valorisation de l'ordre de 45 milliards de dollars. En quelques mois, le chiffre aurait donc bondi de plus de moitié — le signe d'un appétit d'investisseurs qui ne se dément pas, malgré un contexte réglementaire tendu entre Washington et Pékin.

À quoi servirait l'argent : du calcul, encore du calcul

L'essentiel des fonds serait destiné à l'infrastructure : la construction de centres de données et l'acquisition de puces, pour l'équivalent d'environ un gigawatt de capacité de calcul. C'est le nerf de la guerre pour entraîner des modèles toujours plus grands. DeepSeek s'était fait connaître précisément pour l'inverse — obtenir beaucoup avec peu — mais la course à la performance impose désormais une puissance de feu matérielle que même les laboratoires les plus frugaux ne peuvent contourner.

Fait notable, l'entreprise développerait aussi sa propre puce d'intelligence artificielle, selon une information de l'agence Reuters. Un choix qui répond directement aux restrictions américaines à l'exportation des semi-conducteurs les plus avancés : privé d'un accès garanti aux processeurs de Nvidia, un laboratoire chinois a tout intérêt à sécuriser sa propre chaîne de calcul plutôt que d'en dépendre.

Cap sur Shanghai, pas sur Wall Street

Autre enseignement de l'opération : la sortie visée. DeepSeek préparerait une entrée en Bourse non pas à New York, mais sur le STAR Market de Shanghai, le compartiment technologique de la place chinoise. Un dépôt pourrait intervenir dès la fin 2026, pour une cotation attendue en 2027. Là où Anthropic et OpenAI se tournent vers les marchés américains, DeepSeek illustre la constitution d'un circuit de financement parallèle, adossé aux capitaux et aux Bourses chinoises.

Le laboratoire reste piloté par son fondateur, Liang Wenfeng, qui l'avait d'abord financé via son fonds spéculatif High-Flyer avant d'ouvrir la porte aux investisseurs extérieurs. Parmi les participants pressentis figurerait notamment le fonds Monolith, cité par Bloomberg.

Ce que ça change pour les entreprises

Au-delà du montant, l'opération dit trois choses aux professionnels et aux entrepreneurs, partout dans le monde. D'abord, que la valeur en IA se déplace vers le calcul : lever des milliards pour bâtir des centres de données et graver ses propres puces, c'est admettre que l'avantage compétitif se joue de plus en plus sur le matériel, et non plus seulement sur l'ingéniosité logicielle.

Ensuite, qu'une alternative crédible aux modèles américains se consolide. DeepSeek diffuse des modèles à poids ouverts, souvent moins chers à l'usage : une entreprise valorisée 74 milliards de dollars et soutenue par de vrais capitaux, ce n'est plus un franc-tireur, c'est un fournisseur avec lequel il faudra compter dans les choix d'architecture et de coûts.

Enfin, que la fracture technologique sino-américaine se double d'une fracture financière. Deux écosystèmes d'IA se dessinent — l'un adossé à Wall Street et aux puces de Nvidia, l'autre à Shanghai et à un silicium maison — avec, pour les clients du reste du monde, la perspective d'avoir un jour à choisir leur camp, ou à composer avec les deux.


Sources

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