
Nvidia rachète Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars : le roi des puces s'empare du carrefour de l'IA open source
Guy WASSEU
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Nvidia a confirmé le 3 septembre 2026 l'acquisition de Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars. C'est de loin la plus importante opération de croissance externe jamais menée par le fabricant de puces, et l'une des plus significatives du secteur de l'intelligence artificielle cette année. Selon les termes rapportés, environ 11,9 milliards de dollars reviendront aux actionnaires de la start-up, tandis que jusqu'à un milliard de dollars sont réservés à des primes en actions destinées à retenir les salariés. La transaction devrait être bouclée au premier semestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires.
Une plateforme discrète, mais devenue incontournable
Hugging Face n'est pas un nom connu du grand public, mais c'est l'une des infrastructures les plus utilisées de l'IA moderne. La plateforme héberge et distribue des modèles d'intelligence artificielle « ouverts », que n'importe quel développeur peut télécharger, adapter et déployer. Nvidia et la start-up avancent des chiffres qui disent son ampleur : plus de 18 millions de développeurs, chercheurs et créateurs, environ 3 millions de modèles hébergés, plus de 500 000 jeux de données, plus d'un million d'applications et quelque 200 000 entreprises qui s'appuient sur ses services.
Fondée en 2017, l'entreprise avait levé environ 235 millions de dollars lors d'un tour mené par Salesforce Ventures en 2023. Son chiffre d'affaires annualisé est estimé autour de 150 millions de dollars, selon des informations de presse — un montant modeste au regard du prix payé, signe que Nvidia n'achète pas des revenus mais une position : le point de passage par lequel transite une grande partie de l'IA open source mondiale.
Pourquoi Nvidia met un tel prix
La logique de l'opération tient en une phrase : la quasi-totalité des modèles ouverts tournent aujourd'hui sur du matériel Nvidia. En prenant le contrôle de la principale place de distribution de ces modèles, le groupe s'assure une position centrale au moment précis où plusieurs de ses plus gros clients — les géants du cloud, mais aussi des laboratoires d'IA — développent leurs propres puces pour réduire leur dépendance à son égard.
L'enjeu est double. D'un côté, Hugging Face offre à Nvidia une vitrine et un canal pour orienter les développeurs vers son écosystème logiciel et son infrastructure de calcul. De l'autre, la montée en puissance des modèles ouverts — moins coûteux que les systèmes propriétaires fermés — accélère l'adoption de l'IA par les entreprises, et donc, en bout de chaîne, la demande de puces. Contrôler le carrefour, c'est peser sur les deux.
« Une plateforme ouverte » : la promesse et le doute
Consciente de la sensibilité du sujet, la direction de Nvidia a multiplié les gages de neutralité. « Hugging Face restera une plateforme ouverte pour l'ensemble de l'écosystème de l'IA », a déclaré son patron Jensen Huang, ajoutant que « le calcul Nvidia ne sera pas requis pour construire ou déployer via Hugging Face ». Autrement dit : les développeurs resteront libres de choisir leurs modèles, leurs cadres logiciels, leurs clouds et leurs puces, y compris ceux des concurrents.
Côté vendeur, le cofondateur et directeur général Clément Delangue a justifié l'adossement par un besoin de moyens : pour passer à une plus grande échelle, la plateforme avait besoin de « plus de calcul, plus de soutien, plus de collaboration et plus de visibilité ». Reste que la promesse d'ouverture devra résister à l'épreuve des faits. Confier à un fabricant de puces la neutralité d'une infrastructure dont dépendent ses concurrents est un pari que la communauté open source et, potentiellement, les régulateurs, observeront de près — l'opération étant justement suspendue à leur feu vert.
Ce que ça change
Au-delà du montant, ce rachat marque une étape dans la concentration verticale de la chaîne de valeur de l'IA. Nvidia domine déjà les puces qui entraînent et font tourner les modèles ; il ajoute désormais la couche par laquelle ces modèles sont partagés et déployés. Pour les entreprises et les entrepreneurs qui bâtissent sur l'open source — précisément parce qu'il promettait indépendance et coûts maîtrisés — la question devient stratégique : jusqu'où peut-on s'appuyer sur une plateforme « ouverte » désormais détenue par l'acteur le plus puissant du matériel ?
La réponse dépendra moins des déclarations d'intention que des choix concrets des prochains mois : gouvernance de la plateforme, neutralité effective vis-à-vis des puces rivales, conditions faites aux modèles concurrents. Pour l'écosystème mondial de l'IA, l'enjeu n'est pas seulement de savoir qui possède Hugging Face, mais de vérifier qu'un carrefour partagé le reste vraiment une fois passé sous pavillon privé.
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