
De 13 000 francs à un million — et ce que les intérêts ont vraiment coûté
Guy WASSEU
Auteur
De l'apprentissage à la réussite, le chemin n'est jamais droit. Voici la fin de l'histoire de mon premier marché — et la leçon la plus coûteuse que j'en ai tirée.
Quand l'ingénierie rencontre l'artisanat
Pendant le mois de bataille administrative, nous n'étions pas restés inactifs : la fabrication des boîtiers avait démarré. L'association à l'origine du projet nous avait recommandé un inspecteur pédagogique qui tenait un atelier de menuiserie.
Le défi était de taille : créer des boîtiers en bois au design original, avec une précision millimétrique, et reproduire cette qualité en série pour que tous soient parfaitement identiques. Nous avons mis notre ingéniosité au service du menuisier, en collaborant étroitement avec lui. Son travail était d'une grande finesse. Cette rencontre entre ingénierie et artisanat local a porté ses fruits — il lui a fallu plus de deux mois de travail intensif.
Le calcul qui fait mal
Une fois le matériel sorti de douane, nous avons travaillé jour et nuit. Au total, cinq mois d'exécution. Avec le prêt que nous portions, cela représentait 4 800 000 francs d'intérêts.
Autrement dit : nous avons travaillé cinq mois de notre vie uniquement pour payer les intérêts. Sans la personne qui nous avait prêté cet argent, nous n'aurions pas pu exécuter le marché — je lui en reste reconnaissant. Mais si un dispositif de financement pour les jeunes entreprises avait existé, imaginez ce que ces millions auraient permis de faire à ce stade de notre croissance.
Une bonne nouvelle est arrivée en chemin : Denis Ballini nous a informés que notre demande d'avenant était acceptée, avec trois millions supplémentaires. Cela a limité l'impact des intérêts sur notre trésorerie.
Le premier million
À l'issue du marché, chacun de nous a reçu un million de francs CFA. C'était la première fois que je touchais une telle somme — un an à peine après avoir commencé avec un salaire de 13 000 francs.
Et je dois vous faire une confession : je l'ai dépensé en un week-end, en mobilier. Un de mes associés, lui, a tout épargné. Deux façons très différentes d'utiliser la même somme — une histoire que je raconte ailleurs, tant elle en dit long sur nos personnalités.
Ce que cette aventure révèle
Au-delà de l'anecdote, il y a un problème de fond : l'absence criante de structures d'accompagnement pour les jeunes entreprises. Entre des taux d'intérêt exorbitants et une administration peu accommodante, combien de projets prometteurs ont dû être abandonnés ? Combien d'innovations n'ont jamais vu le jour ? Ces millions partis en intérêts auraient pu développer l'entreprise, créer des emplois, financer de l'innovation.
Et pourtant, malgré ces obstacles, l'entrepreneuriat reste une voie extraordinaire de création de valeur. Passer de 13 000 francs à un million en un an le montre assez.
