
L'exigence qui nous a fait grandir — le partenariat qui a transformé ACERFI
Guy WASSEU
Auteur
« Les plus grandes gloires ne consistent pas à ne jamais tomber, mais à se relever chaque fois que l'on tombe », disait Nelson Mandela. Le chemin de l'entrepreneuriat est rarement une ligne droite. Voici comment l'un des tournants les plus importants d'ACERFI est né d'obstacles qui semblaient, sur le moment, insurmontables.
Une suggestion de couloir
ACERFI venait de s'installer dans un beau local en centre-ville. Nous étions fiers de cette adresse, qui contrastait avec les locaux plus modestes de TW Micronics. C'est alors qu'un ancien camarade de Polytechnique, José Ziga, qui travaillait au Fonds national de l'emploi, m'a suggéré une idée : pourquoi ne pas faire agréer ACERFI comme centre de formation pour les jeunes chercheurs d'emploi ? Notre expertise en informatique, discipline naissante à l'époque, serait précieuse.
Deux conditions qui m'ont découragé
Je me suis rapproché du Fonds, où j'ai rencontré une dame dont la rigueur n'avait d'égale que l'exigence : madame Keng. Elle m'a immédiatement posé deux conditions. D'abord, obtenir l'agrément du ministère du Travail et de la Formation professionnelle — une procédure longue et complexe. Ensuite, trouver des locaux beaucoup plus grands : « votre cadre est certainement luxueux, m'a-t-elle dit, mais pas assez spacieux pour accueillir convenablement des formations professionnelles ».
J'avoue qu'en sortant de cette réunion, j'avais un sentiment mitigé envers cette dame dont les demandes me paraissaient excessives. Puis j'ai réfléchi : et si ces obstacles étaient des tremplins ? Si nous satisfaisions ces deux exigences, quelles portes s'ouvriraient ?
Le pari
Nous avons décidé d'investir. J'ai trouvé un bâtiment qui coûtait cinq fois nos deux loyers combinés, et le propriétaire exigeait un an de loyer d'avance — une somme que je n'avais pas. J'ai dû chercher des financements auprès de trois prêteurs différents pour la réunir. C'était un risque énorme, mais j'étais convaincu que cette expansion était la clé de notre avenir.
Le nouveau bâtiment offrait bien plus d'espace que TW Micronics et ACERFI réunis n'en avaient besoin. Nous avons affecté le rez-de-chaussée à l'un, l'étage à l'autre, et équipé deux salles de formation spacieuses. Quand madame Keng est venue visiter, elle a validé le partenariat immédiatement.
L'effet que je n'avais pas prévu
Cet espace, au départ trop grand, a élargi notre vision. Nous avions désormais envie de développer de nouveaux services pour l'occuper. L'expansion physique a provoqué une expansion mentale : de nouvelles idées ont émergé, de nouveaux projets ont pris forme. Ce qui était une contrainte est devenu le point de départ d'une croissance rapide.
Quatre leçons
Avec le recul, je suis profondément reconnaissant envers madame Keng — celle que j'avais presque détestée est devenue une bienfaitrice involontaire.
Les obstacles sont souvent des opportunités déguisées : ce qui ressemble à une exigence excessive peut être exactement ce dont vous avez besoin pour grandir. Il faut parfois s'endetter stratégiquement : cet investissement risqué a été l'un des meilleurs paris de ma carrière. L'environnement physique influence la mentalité : un grand espace nous a donné de grandes ambitions. Et enfin, l'exigence, même difficile à accepter, est un puissant catalyseur de croissance.
