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Douane, corruption et intérêts qui courent — l'exécution d'un marché au réel
Entrepreneuriat
13 janvier 20253 min

Douane, corruption et intérêts qui courent — l'exécution d'un marché au réel

Guy WASSEU

Auteur

« Le succès n'est pas final, l'échec n'est pas fatal : c'est le courage de continuer qui compte », disait Winston Churchill. Cette phrase prend tout son sens dans ce que je vais raconter. J'étais rentré de France avec toute la matière première nécessaire. Restait l'exécution — et croyez-moi, les difficultés ne faisaient que commencer.

Faire de la place

Nous avions déjà trois activités bien établies : maintenance électronique, micro-édition et formation. Elles occupaient presque tout notre bâtiment. Il fallait maintenant loger 600 voltmètres, 600 ampèremètres, 600 chargeurs de piles, sans oublier leurs coffrets en bois qui ne passaient pas inaperçus.

La solution est venue d'un déménagement. Nous avons trouvé deux appartements spacieux sur le même palier, à 35 000 francs par mois chacun. Cela a libéré les deux chambres que le directeur informatique et moi occupions dans l'entreprise — transformées en laboratoire de production. Pour moi, c'était aussi une amélioration de vie considérable : je partageais jusque-là une simple chambre de l'entreprise avec ma femme et ma fille, sans le moindre espace de jeu pour elle.

Une organisation, et des apprenants au cœur de la production

Le directeur informatique a poursuivi ses tâches habituelles. Le directeur technique a coordonné ses activités tout en conduisant le nouveau projet. En tant que directeur général, je me suis concentré sur l'administratif et la logistique, tout en participant à la fabrication.

Nos apprenants ont joué un rôle décisif : nous avons mis en place une véritable chaîne de production où ils participaient à la soudure des composants, aux tests de fonctionnement et à l'assemblage final. Une expérience formatrice unique — ils mettaient leurs connaissances en pratique sur un projet d'envergure.

Le vrai obstacle était à l'aéroport

Il fallait payer 30 % de droits de douane, plus 18,7 % de TVA. Soit 48,7 % de huit millions de francs — 3 896 000 francs que nous n'avions prévus nulle part, et qui menaçaient sérieusement nos marges.

Les douaniers calculent d'abord le montant exact des taxes, puis vous font comprendre à demi-mot que vous pourriez payer moins en « mouillant la barbe ». Jeune sorti de l'école, je ne maîtrisais pas encore ce langage codé. J'ai tenté ma chance à la direction des douanes : quand vous êtes jeune et que vous voulez rencontrer le directeur général, on vous regarde à peine et on vous renvoie vers des subalternes sans pouvoir de décision. Au ministère des Finances, même scénario, même suggestion.

Le temps, ce coût invisible

Après un mois de démarches, nous avons obtenu l'exonération espérée. Mais le temps perdu avait un prix : avec un prêt de huit millions à 10 % d'intérêts par mois, chaque jour creusait nos marges.

Ce que cette expérience m'a appris : en entrepreneuriat, ce n'est pas tant la préparation initiale qui compte que la capacité à s'adapter et à surmonter des obstacles imprévus — administratifs autant que logistiques.

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