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Le Seattle Times et Newsday poursuivent OpenAI et Microsoft : la presse durcit son offensive judiciaire sur l'entraînement de l'IA
Intelligence artificielle
6 septembre 20264 min

Le Seattle Times et Newsday poursuivent OpenAI et Microsoft : la presse durcit son offensive judiciaire sur l'entraînement de l'IA

Guy WASSEU

Auteur

C'est une nouvelle salve dans la guerre qui oppose les médias aux géants de l'intelligence artificielle. Le 5 septembre 2026, le Seattle Times et Newsday, deux quotidiens américains de premier plan, ont déposé plainte contre OpenAI et Microsoft devant le tribunal fédéral du district sud de New York, pour violation du droit d'auteur. Les deux titres reprochent aux entreprises d'avoir utilisé leurs articles, sans permission ni contrepartie, pour entraîner des systèmes comme ChatGPT et Copilot.

Ce que reprochent les deux journaux

Dans leur assignation, le Seattle Times et Newsday affirment que les deux entreprises ont massivement collecté leurs contenus — y compris des articles protégés par des barrières payantes — pour nourrir leurs modèles. Ils y voient une atteinte directe à leur modèle économique : détournement de l'audience, érosion des revenus publicitaires, et production par les chatbots de réponses concurrentes tirées de leur propre travail. Les plaignants dénoncent aussi des « hallucinations » qui attribueraient à leurs marques des informations qu'elles n'ont jamais publiées, et le retrait des mentions de gestion des droits d'auteur attachées à leurs textes.

La formule qui résume leur argument est frappante : l'IA générative se comporterait, écrivent-ils, comme « un serpent qui se mord la queue » — un système qui dévore le journalisme humain tout en menaçant de détruire les organisations qui le produisent. OpenAI et Microsoft, ajoutent-ils, sont « des consommateurs rapaces » qui restituent au public des copies et des imitations dérivées des contenus qu'ils ont ingérés.

Détail qui rend l'affaire singulière : Microsoft et OpenAI ont, par le passé, financé des bourses et des projets journalistiques au sein même du Seattle Times. Sollicité, Microsoft s'est dit surpris de la plainte, tout en se déclarant prêt à « explorer des solutions ».

Une vague, pas un cas isolé

Cette action ne surgit pas de nulle part. Elle s'inscrit dans le sillage de la plainte fondatrice du New York Times, qui avait attaqué les deux mêmes entreprises dès décembre 2023, et d'une série de contentieux qui n'a cessé de s'étoffer depuis. En 2026, CNN a de son côté poursuivi le moteur de recherche génératif Perplexity pour des motifs voisins.

Mais tous les éditeurs n'ont pas choisi la voie judiciaire. Là où certains attaquent, d'autres négocient : l'agence Associated Press et Vox Media, notamment, ont préféré signer des accords de partenariat avec OpenAI, monnayant l'accès à leurs archives. Deux stratégies opposées face au même dilemme — et c'est précisément cette bifurcation qui dessine l'avenir du secteur.

Ce que ça change

Au-delà de deux titres régionaux, cette plainte éclaire un risque de fond pour toute l'industrie de l'IA. Les modèles de langage se sont bâtis sur un présupposé simple : le web est une ressource librement exploitable pour l'entraînement. Ce présupposé est désormais contesté procès après procès, et le coût d'un revers judiciaire — dommages-intérêts, obligation de licencier la donnée, voire de réentraîner un modèle — pourrait renchérir durablement la fabrique de l'IA.

Pour les entreprises qui déploient ces outils, l'enjeu n'est plus seulement technique. Un modèle entraîné sur des données contestées porte un passif juridique qui peut, demain, se répercuter sur ses utilisateurs professionnels. C'est ce qui explique la montée en puissance d'un marché de la licence de contenus : plutôt que d'affronter les ayants droit, les laboratoires d'IA achètent de plus en plus l'accès aux corpus — presse, images, musique, code. Le partage de la valeur entre ceux qui produisent l'information et ceux qui l'automatisent devient une question économique centrale, à l'échelle mondiale.

Pour l'entrepreneur, la leçon est claire : la provenance des données n'est plus un détail d'ingénieur, c'est un actif — ou un risque — de bilan. Les prochains mois diront si la justice américaine tranche en faveur des créateurs ou des plateformes. Mais quel que soit le verdict, la gratuité présumée de la matière première de l'IA appartient déjà au passé.


Sources

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